1. Une Église qui reflète la compassion de Jésus pour tous les humains, particulièrement pour ceux qui sont écrasés et rejetés.
Dès le moment où il a convoqué le Concile Vatican II (l962-l965), le bien-aimé Jean XXIII a énoncé clairement que ce concile avait comme mission d'instituer un processus permanent de renouveau interne dans l'Église catholique romaine. "Y a-t-il jamais eu un concile oecuménique qui n'ait pas visé à un renouveau en profondeur?", lançait-il, à peine un mois avant l'ouverture du concile, le 11 octobre 1962.
Au moment où il avait convoqué effectivement le Concile Vatican II, le 25 décembre précédent, le pape Jean avait affirmé: "Nous faisons nôtre la recommandation de Jésus que chacun sache reconnaître des signes des temps". (Mat. 16,4)
Le renouveau spirituel intérieur concrétisé par l'écoute et la réponse aux problèmes urgents de notre temps est devenu une espèce de leitmotiv de l'espérance de l'Église catholique.
Au moment où il inaugurait officiellement le Concile, le pape Jean XXIII
déclarait: "L'Épouse du
Christ s'accommode mieux de la miséricorde que de la
sévérité. Elle juge qu'elle répond mieux aux
besoins de notre temps en démontrant la validité de son enseignement qu'en
condamnant ceux qui
s'en séparent . . . l'Église n'offre pas aux hommes et aux femmes
d'aujourd'hui des richesses
passagères . . . elle distribue plutôt les bienfaits de la grâce divine, qui
élèvent les humains à la
dignité d'enfants de Dieu, et sont par le fait même les meilleures garanties
d'une vie pleinement
humaine. Elle déverse la fontaine de sa doctrine vivifiante qui permet aux hommes et
aux femmes
éclairés par la lumière du Christ de reconnaître ce qu'ils sont
vraiment."
2. Une action accrue, oecuménique et inter-confessionnelle, en faveur de la justice sociale, de la non-violence et de la préservation de la Terre.
Dans le sillage de Vatican II, 1' Église a fait un effort remarquable pour situer l'agenda social au coeur même de mission évangélique dans notre temps. Un tel agenda doit être maintenu de concert avec d'autres regroupements de foi, chrétienne ou autres.
En 1971, lors du Synode des évêques sur "la justice dans le monde", ceux-ci ont déclaré: "Tout geste posé au nom de la justice et en vue de l'amélioration du monde nous apparaît de toute évidence comme un élément constitutif de notre rôle de prêcher l'Évangile, ou, en d'autres mots de la mission de l'Église de racheter la race humaine et de la libérer de toute situation oppressive."
Cette déclaration était un suivi fidèle de l'engagement pris dans "l'Église dans le monde de ce temps" de Vatican II. On y formulait le voeu que soient éliminées le plus rapidement possible les énormes inégalités économiques actuelles . . . si l'on veut satisfaire aux exigences de la justice et de l'équité. Ces besoins sont tout aussi pressants aujourd'hui que lorsqu'ils ont été énoncés.
En 1971, dans sa remarquable allocution sur le développement des peuples, Paul VI affirmait: "La terre appartient à tous, et non seulement aux riches. Et par là, nous voulons dire que la propriété privée ne confère à personne un droit suprême et inconditionnel . . . Personne n'a le droit d'accumuler uniquement pour son avantage personnel des possessions qui dépassent ses besoins, alors que d'autres sont dans le dénuement." (Isaie 32,7)
Dans le même document, le pape Paul VI condamnait la course aux armes, le militarisme qui appauvrit, et la surconsommation qui fomente la crise écologique. "La paix n'est pas seulement 1'absence de guerre. Et elle ne peut être réduite à la notion du maintien d'un certain équilibre du pouvoir entre les ennemis . . . au contraire, c'est avec justesse qu'on la qualifie d' "entreprise de justice". (Isaie 13,5)
Le pape actuel, Jean-Paul II, a renchéri sur les efforts de ses prédécesseurs immédiats. "Témoins de la vraie destruction de l'environnement, tous les peuples en viennent à réaliser que nous ne pouvons impunément continuer à abuser des biens de la terre comme nous l'avons fait dans le passé . . . la crise écologique devient une crise morale." (Jean-Paul II, La crise écologique, 1989)
Cette exigence de liberté revêt de nombreux aspects, y
compris:
Au cours des vingt dernières années, de nombreux théologiens, et d'autres prophètes qui se se sont sentis poussés à parler pour le bien de l'Église, ont essuyé des censures et des sanctions, ou ont été réduits au silence. Nous pensons, pour n'en nommer que quelques-uns, aux Hans Kung, Leonardo Boff, Ivone, Gebara, Charles Curran, André Guindon, Mgr Jacques Gaillot, Uta Ranke-Heinemann, ou encore aux "Vatican 24" qui en 1984 ont signé le manifeste du New York Times, aux William Callahan, et Richard McBrien.
Plus récemment, Mgr Fabien Bruskewitz, évêque de Lincoln, au Nebraska, a tenté d'ex-communier des groupes entiers de catholiques, parce qu'ils étaient inscrits à des organismes comme le "Call to Action", "Catholics for a Free Choice" ou "Planned Parenthood".
Notre déclaration d'espérance invite l'Église à vivre l'esprit et la pratique de la liberté d'expression, si précieux dans notre pays, et qu'a prônés le concile Vatican II, dans son décret sur la Liberté religieuse:
"Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience.
. . . la vérité doit être cherchée selon la manière propre à la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une libre recherche, avec l'aide du magistère, c'est-à-dire de l'enseignement, de l'échange et du dialogue . . .
Le Synode de 1971 sur la Justice dans le monde allait plus loin: "l'Église
reconnaît à chacun le
droit d'une liberté convenable de pensée et d'expression. Ceci comprend le
droit de chacun d'être
entendu dans un esprit de dialogue, gage d'une diversité légitime au sein de
l'Église."
Cette exigence de liberté revêt de nombreux aspects, y compris:
L'enseignement de l'Église insiste sur la primauté de la conscience, dans toutes les décisions d'ordre moral. Cette "primauté de la conscience" désigne une conscience qui est renseignée et ouverte à l'enseignement officiel de I' Église. Cependant, I' Église dans son enseignement officiel affirme aussi qu'après avoir dûment considéré la position de l' Église sur un sujet, la décision finale de toute personne doit être inspirée par sa propre conscience, dut-elle être contraire à l'enseignement de I' Église.
Nombreux sont les catholiques qui, tout en connaissant, comprenant et respectant la tradition de l'Église, ont recours à la primauté de leur conscience quand ils optent pour des conclusions qui diffèrent des positions du magistère officiel. Un des exemples peut-être les plus évidents, dans le domaine de la moralité sexuelle, est l'utilisation de contraceptifs artificiels. Les enquêtes révèlent, en effet, que les catholiques pratiquent la contraception artificielle tout autant que les autres.
L'enseignement de l'Église sur la primauté de la conscience
Au fond de sa conscience, l'homme découvre une loi qu' il ne s'est pas donnée lui-même, mais à laquelle il est tenu d'obéir. Cette voix, qui ne cesse de le presser d'aimer et d'accomplir le bien et d'éviter le mal, au moment opportun résonne dans l'intimité du coeur. Fais ceci, évite cela. Car c'est une loi inscrite par Dieu dans le coeur de l'homme; sa dignité est de lui obéir, et c' est elle qui le jugera (Concile Vatican II, L'Église dans le monde de ce temps, #16)
Et la déclaration continue: "La conscience est le centre le plus secret de l'homme, le sanctuaire où il est seul avec Dieu et où sa voix se fait entendre. C' est d'une manière admirable que se découvre à la conscience cette loi qui s'accomplit dans l'amour de Dieu et du prochain. Par fidélité à la conscience, les chrétiens, unis aux autres hommes, doivent chercher ensemble la vérité et la solution juste de tant de problèmes moraux que soulèvent aussi bien la vie privée que la vie sociale. Plus la conscience droite l'emporte, plus les personnes et les groupes s'éloignent d'une décision aveugle et tendent à se conformer aux normes objectives de la moralité.
La déclaration sur la liberté religieuse poursuit: "Chacun a le devoir, et par conséquent le droit, de chercher la vérité en matière religieuse afin de se former prudemment un jugement de conscience droit et vrai, en employant les moyens appropriés. C'est par la méditation de sa conscience que l'homme perçoit les injonctions de la loi divine; c'est elle qu'il est tenu de suivre fidèlement en toutes ses activités pour parvenir à sa fin qui est Dieu.
"Il ne doit pas être contraint d'agir contre sa conscience. Mais il ne doit pas être empêché non plus d'agir selon sa conscience, surtout en matière religieuse. De par son caractère même, en effet, l'exercice de la religion consiste avant tout en des actes intérieurs volontaires et libres par lesquels l'homme s' ordonne directement à Dieu; de tels actes ne peuvent être imposés ni interdits par aucun pouvoir purement humain." (Déclaration sur la liberté religieuse, #3)
Cette exigence de liberté revêt de nombreux aspects, y compris:
Jusqu' au onzième siècle, les catholiques de rite latin reconnaissaient la pratique, la coutume et la loi permettant le mariage des prêtres. C'est à ce moment seulement que le pape Grégoire VII imposa à tous ceux qui voulaient être ordonnés prêtres de s' engager d'abord formellement au célibat. Pourtant, pendant plusieurs siècles encore, les prêtres et même les papes ont continué d'assumer le mariage et la paternité.
L'Église catholique orientale reconnait toujours ses prêtres mariés. Dans le rite latin, cependant, le prêtre marié est reconnu et accepté dans les deux seuls cas suivants : celui d'un ministre protestant déjà marié qui se convertit au catholicisme et qui accède au sacerdoce, et celui d' un homme marié qui s'engage à ne plus avoir de relation sexuelle avec son épouse.
Aux États-Unis, depuis 1990, des ministres anglicans, épiscopaliens et luthériens ont été ordonnés prêtres catholiques, tout en continuant leur vie conjugale normale. Par ailleurs, le Concile Vatican II a rétabli le diaconat marié, dans le rite latin.
Fondements scripturaires
"Étant allé dans la maison de Pierre, Jésus trouva sa
belle-mère alitée, avec la fièvre. Il lui toucha
la main, la fièvre la quitta, elle se leva et elle le servait." (Mat. 8.14)
"N'avons-nous pas le droit d'amener avec nous une soeur qui soit notre femme, tout comme
les
autres apôtres et les frères du Seigneur, et Céphas?" (1 Corinthiens,
9.5)
"L'Évêque doit donc être irréprochable, n'avoir
été qu'une fois marié, être sobre, circonspect,
réglé dans sa conduite, hospitalier, capable d'enseigner." (1 Timothée,
3.2)
Déclarations récentes d'autorités de l'Église
Au cours des récents mois, des autorités de I' Église catholique se sont prononcées en faveur d' un clergé marié. En Angleterre, le cardinal Hume, leader des 4,4 millions de catholiques d'Angleterre et du pays de Galles, a déclaré en septembre que la loi pourrait être modifiée pour le bien général de l'Église. Il fut aussitôt appuyé par Mgr Cormac Murphy-O'Connor, évêque d'Arundel et Brighton, qui a dit que ce n'était qu'une question de temps avant que Rome ne prenne cette question en sérieuse considération.
En Amérique du Nord, en janvier 1990, à l'ordination d'un prêtre anglican déjà marié, le cardinal John O'Connor, archevêque de New York, a parlé du célibat obligatoire: "Il serait insensé de voir cette question comme un règlement qui ne peut jamais changer. ..". Mgr Robert Weakland, archevêque de Milwaukee a déclaré en juillet 1992 au magazine New Yorker que "le célibat impératif existe au détriment de I'Église."
Le cardinal Carlo Martini, de Milan, Italie, considéré comme un candidat sérieux à la papauté, a déclaré, tel que rapporté dans l'édition de mars 1995 du National Catholic Reporter "L'Église devrait être ouverte à l'admission de prêtres mariés du rite latin."
D'autres ont exprimé des vues semblables: Mgr Patrick Power, évêque de Canberra et Goulburn, Australie; le cardinal Ricardo Vidal, de la ville de Cebu, aux Philippines, en avril 1996; Mgr Lawrence Burke, s.j., de Nassau, Bahamas, lors du synode des évêques, à Rome, en 1990.
Mgr Roger Hollis, évêque de Portsmouth, Grande-Bretagne, a déclaré en 1992, au cours d'un documentaire à la télévision de Yorkshire: "L'Église catholique romaine pourrait reconsidérer la loi du célibat et, dans sa sagesse, décider de deux sortes de prêtres: mariés et célibataires. Aucune raison n'indique que cela devrait être impossible."
Récemment, les huit évêques du Nord canadien, sous le leadership de Mgr Thomas Lobsinger, évêque du Yukon, ont renouvelé leur demande qu' on leur accorde le droit d' ordonner des hommes mariés autochtones. (Catholic Register, sept. 1996)
Cette exigence de liberté revêt de nombreux aspects, y compris:
d) affranchissement de la discrimination à l'endroit de l'orientation sexuelle
"Les homosexuels, comme toute autre personne, ne devraient pas subir de préjudice à leurs droits fondamentaux. Ils ont un droit au respect, à l'amitié et à la justice. Ils devraient pouvoir jouer un rôle dans la communauté chrétienne."
Ces paroles, tirées d'une déclaration de la Conférence épiscopale américaine de 1976: "Vivre dans le Christ Jésus, lettre pastorale sur les valeurs morales" sont encore vraies aujourd'hui, soulignent et résument cet appel à l' Église.
Dans les dernières années, le Vatican s'est déclaré plus ouvertement contre les droits des gais et des lesbiennes. Ainsi, en 1992, la Congrégation pour la doctrine de la foi a marqué son opposition à la législation visant à rendre illégale la discrimination en raison de 1'orientation sexuelle. Cette attitude fait contraste à des déclarations antérieures (voir plus bas) qui, au moins du point de vue théorique, défend les droits des gais et lesbiennes.
" . . . Il est déplorable que les personnes homosexuelles aient été et soient l'objet de violente méchanceté en parole et en action. Un tel traitement mérite condamnation par les pasteurs de I'Église partout où il survient . . . La dignité intrinsèque de chaque personne doit toujours être respectée en parole, en action et en loi . . . Ce qui est essentiel, c'est que la liberté fondamentale qui caractérise la personne humaine et lui donne sa dignité soit reconnue comme appartenant également à la personne homosexuelle . . . La personne humaine, créée à l'image et à la ressemblance de Dieu, peut difficilement être décrite adéquatement par une référence réduite à son orientation sexuelle.. ." (Congrégation pour la doctrine de la foi, lettre aux évêques de I' Église catholique sur le soin pastoral aux personnes homosexuelles, 1er octobre 1986)
De plus, les évêques américains, dans leur déclaration de 1990 "Human Sexuality: A Catholic perspective for Education and Lifelong Learning" (Sexualité humaine: une perspective catholique pour l'éducation et l'apprentissage permanent) ont déclaré:
"Nous demandons à tous les chrétiens et aux citoyens de bonne volonté de retenir leurs craintes à propos de la sexualité et de modérer l'humour et la discrimination qui portent offense aux personnes homosexuelles. Nous comprenons que l'orientation sexuelle apporte avec elle assez d'anxiété, de douleur et de questions reliées à l'acceptation de soi sans que la société y ajoute encore un traitement préjudiciable."
Cette exigence de liberté revêt de nombreux aspects, y compris:
Durant les onze premiers siècles, le divorce et le remariage étaient permis dans l' Église catholique en certaines circonstances. Aujourd' hui cependant, on défend aux catholiques qui se sont remariés, sans avoir reçu une annulation, de recevoir la communion à moins qu'ils ne se séparent de leur deuxième épouse ou qu'ils abandonnent l'amour sexuel. On les considère comme "vivant dans le péché".
De nombreuses paroisses et des communautés de prière reçoivent aujourd'hui les personnes divorcées et remariées. Des théologiens et certains évêques travaillent à développer une théologie du mariage qui reconnaisse que les êtres humains sont faillibles, qu'ils ont droit au pardon et qu'ils peuvent se reprendre et aller de l'avant avec leur vie.
Le théologien, Mgr Walter Kaspers, d'Allemagne, s'est exprimé ainsi: "L'Église peut admettre aux sacrements les personnes divorcées et remariées lorsqu'elles regrettent toute culpabilité provoquée par le bris de leur premier mariage, lorsque tout ce qui était humainement possible pour le sauver a été fait et lorsque le second mariage est devenu "une union moralement stable qui ne pourrait être dissoute sans causer une nouvelle injustice".
De nombreux évêques européens ont fait des recommandations semblables. C' est là un premier pas dans le renouvellement de la théologie du mariage.
Le pape Jean-Paul II
Aussi récemment que samedi le 21 septembre 1996, les journaux canadiens rapportaient:
"Le pape Jean-Paul II a semblé, vendredi, modérer son attitude négative à l'égard du divorce en suggérant que les personnes qui ont divorcé et qui se sont remariées pourraient, en certaines circonstances, être admises à la communion. Ces gens "demeurent membres de la communauté chrétienne", a-t-il déclaré.
"À titre de baptisées, elles peuvent, et elles devraient même, participer à la vie de I' Église . . ." Jusqu'à présent, les catholiques divorcés et remariés ont été considérés comme pécheurs et privés de la communion." (Ottawa Citizen).
De grands théologiens tels que saint Augustin et saint Thomas d'Aquin, qui ont influencé l'enseignement de l' Église durant des siècles, partageaient cette vue négative de la sexualité. Au vingtième siècle, particulièrement avec Vatican II, l' Église a commencé à reprendre la tradition biblique qui célébrait le bon côté de la sexualité.
Vatican II, dans son document "L'Église dans le monde de ce temps", utilise des passages explicites de l'Écriture tels que "le Cantique des cantiques" pour illustrer le bon de la sexualité.
Par exemple, dans l' Épitre de Paul aux Éphésiens: "Maris, aimez vos femmes comme le Christ a aimé l' Église . . . Les maris doivent aimer leur femme comme leur propre corps.
Qui aime sa femme s'aime lui-même. Certes, nul n'a jamais haï sa propre chair; au contraire, chacun la nourrit et la soigne, ainsi que le Christ fait pour l' Église puisque nous sommes les membres de son corps. C'est pourquoi . . . ils ne feront plus qu'une seule chair. Grand est ce mystère; je l'entends du Christ et de l' Église . . . que chacun aime sa femme comme soi-même, chacun respectant l'autre." Ephésiens, 5, 25 et ss.
"À plusieurs reprises, la Parole de Dieu a invité les fiancés à entretenir et soutenir leurs fiançailles par une affection chaste, et les époux leur union par un amour sans faille . . . Éminement humain puisqu'il va d'une personne vers une autre personne . . . cet amour enveloppe le bien de la personne tout entière . . . il peut enrichir d'une dignité particulière les expressions du corps et de la vie psychique . . . Cet amour, par un don spécial de sa grâce et de sa charité, le Seigneur a daigné le guérir, le parfaire et l'élever . . . Cette affection a sa manière particulière de s'exprimer et de s'accomplir par l'oeuvre propre du mariage." ("L' Église dans le monde de ce temps" Par. 49. 1 et 2)
En dépit des récentes déclarations du Vatican dans le but de mettre fin à toute discussion sur la question de l'ordination des femmes à la prêtrise , ces questions ne disparaissent pas pour autant.
Un théologien a exprimé la chose ainsi: "Une telle déclaration non seulement ne fait pas consensus, c'est une nette tentative d'empêcher toute discussion précisément parce qu'il y a un sentiment grandissant de l'opinion contraire. Une telle manoeuvre dominatrice en face de questions grandissantes ne peuvent avoir d'autres effets que d'ouvrir au grand jour ces questions mêmes . . ." (Rosemary Radford Ruether, National Catholic Reporter)
En 1976, la Commission pontificale de la Bible a souligné que rien dans les Écritures n'appuie ni ne défend l'ordination d'une femme au ministère de la prêtrise. Le pape Jean-Paul II a maintes fois déclaré l'égalité et la dignité des femmes. Les évêques canadiens ont appuyé l'enrichissement du rôle des femmes dans l' Église depuis Vatican II. En août 1944, ils déclaraient: "Nous désirons qu'un climat de dialogue se répande dans nos relations mutuelles sur la question de l'ordination, aussi bien que sur les autres questions concernant l'intégration des femmes dans les structures et la vie même de l' Église."
En 1969, le théologien Joseph Ratzinger écrivait: "La critique des déclarations du pape sera possible et toujours nécessaire dans la mesure où ces déclarations n'ont pas suffisamment d'appui dans les Écritures ou dans le symbole des Apôtres, c'est-à-dire dans la foi de toute l' Église; sans évidence claire de telles sources, une décision définitive n'est pas possible."
Dans une déclaration en date du 28 octobre 1995, le cardinal Joseph Ratzinger, de la Congrégation pour la doctrine de la foi, a tenté de dire qu'un clergé entièrement masculin ". . . requiert un assentiment définitif puisque, fondé sur la parole écrite de Dieu, et depuis le commencement constamment sauvegardé et appliqué dans la tradition de l' Église, il a été établi de façon infaillible par le magistère ordinaire et universel . . ."
La question est donc la suivante:
L' Église peut-elle modifier ce qui est déclaré un enseignement d'autorité?
Historiquement, l' Église a effectué des changements à ce qui précédemment avait été considéré comme enseignement d'autorité de la tradition.
Un exemple dans la jeune communauté judéo-chrétienne a été la décision de ne pas exiger la circoncision des Gentils nouvellement convertis. Plus tard, d'autres exemples de changement ont porté sur l'usure, l'esclavage, la révolution de la terre autour du soleil, l'évolution, le respect envers le peuple juif, l'usage du latin dans les séminaires et pour la messe et les services liturgiques.
Jésus n'a-t-il pas ordonné que des hommes?
La plupart des théologiens sont d'accord que Jésus n'a ordonné personne. De fait, la prêtrise et les services liturgiques étaient, jusqu'au quatrième siècle, bien différents de ce qu'ils sont aujourd'hui. La liturgie cependant s'est développée selon les lignes de la camaraderie de la table juive dans les églises domestiques, souvent dans la demeure de femmes. Sous la conduite d'hommes ou de femmes.
Des femmes voyageaient avec Jésus (Marie-Madeleine, Suzanne et Jeanne, tel que rapporté dans l' Évangile de saint Luc; 8,1-3). Ces femmes apportaient le soutien à son ministère, à même leurs propres ressources. Le fait que l' Évangile mentionne leurs noms est significatif étant donné que les femmes n'étaient normalement pas mentionnées dans les écritures anciennes.
Les quatre évangiles font mention de Marie-Madeleine quand ils parlent de la Résurrection. C'est sur son témoignage que la proclamation de la Résurrection repose. Les disciples féminins sont les derniers à voir Jésus au moment de sa mort et les premières à le voir ressuscité.
Les écrits de Paul parlent de femmes servant comme prophètes (les filles de Philippe), diacres (Phoebe), missionnaires (Prisca) et directrice de communautés locales (Lydia). L'une est même appelée apôtre (Junia).
Qu'enseigne notre tradition?
Du quatrième au sixième siècle, des églises qui demeuraient en communion avec Rome, (la preuve en a été faite) avaient des femmes prêtres. Le pape Gelasius, au cinquième siècle, a envoyé une lettre reprochant aux évêques du sud de l'Italie de permettre aux femmes "de présider aux autels sacrés et de participer à toutes les fonctions relevant normalement des hommes . . ." On trouve également de la correspondance au neuvième siècle d'un évêque italien, Atto de Vercelli, justifiant l'usage du mot "presbytera" en référence à des femmes prêtres.
Au début des années 1970, des femmes et des hommes mariés de l' Église romaine ont été ordonnés en Tchécoslovaquie par Mgr Felix Davidek afin de répondre aux besoins de l'église clandestine. Une de ces femmes, Ludmilla Javora, a affirmé publiquement qu'elle avait été ordonnée.
Est-ce que seulement les hommes peuvent représenter le Christ?
"Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni escalve ni homme libre, ni homme ni femme; en Jésus-Christ vous ne faites tous qu'un". (Galates 3.28) Les deux, hommes et femmes sont à l'image du Christ.
Saint Paul dit que tous les chrétiens, hommes et femmes, partagent et constituent le corps du Christ ressuscité, non pas en représentant la masculinité de Jésus, mais en participant au mystère pascal par le baptême. Saint Paul continue: "Je vous recommande Phoebe, notre soeur, diaconesse de l' Église de Cenchrées . . . elle aussi est venue en aide à plusieurs dont moi-même. Saluez Prisca et Aquila, mes collaborateurs en Jésus-Christ . . . Saluez Marie, qui a beaucoup peiné pour vous. Saluez Andonicus et Junia, mes parents et compagnons de captivité, qui sont estimés parmi les apôtres . . ." (Romains 16.1-7)
Autres déclarations
Vatican II
" . . . toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne . . . fondée sur le sexe . . . doit être dépassée et éliminée, comme contraire au dessein de Dieu . . . Il en est ainsi lorsque la femme est frustrée de la faculté de choisir librement . . . son état de vie . . ." (Vatican II - L' Église dans le monde de ce temps, par. 29.2 -)
The Tablet
"Ni le pape ni le cardinal Ratzinger ne peuvent prétendre qu'un enseignement "fondé sur la parole écrite de Dieu" simplement en affirmant qu'il en est ainsi. Non plus qu'ils peuvent, en l'affirmant, en faire une matière qui "a été constamment préservée et appliquée dans la tradition de l' Église". Tenter d'utiliser la doctrine de l'infaillibilité . . . comme un instrument massue pour empêcher l'évolution d'une question dans l'esprit de catholiques, est un abus de pouvoir tout à fait scandaleux; ayant comme conséquence évidente de miner encore davantage l'autorité que le pape cherche à maintenir." (Nicholas Lash, professeur de divinité à l'Université Cambridge, cité dans le magazine catholique indépendant de langue anglaise The Tablet, le 2 décembre 1995)
L' Église devrait créer une procédure appropriée pour répondre à ces attentes.
L'Écriture
"Mais Jésus leur dit: "Les rois des nations païennes commandent en maîtres . . . Qu' il n'en soit pas ainsi de vous; mais que le plus grand parmi vous soit comme le dernier et celui qui gouverne, comme celui qui sert. Quel est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert? N'est-ce pas celui qui est à table? Moi pourtant je suis au milieu de vous comme celui qui sert." (Luc 22, 25-27)
" Je ne vous appelle plus serviteurs, parce que le serviteur ignore ce que fait son maître. Mais je vous ai appelés mes amis, parce que je vous ai fait connaître tout ce que j' ai appris de mon Père." (Jean 15. 15)
Commentaires théologiques et historiques
" Dans les temps anciens de la chrétienté, l'évêque était élu par le clergé et le peuple . . . le mouvement de la réforme au Moyen-âge demandait encore l'élection libre des évêques par le clergé et le peuple (C' est ce qu'a déclaré le pape Léon IX au synode de Reims en 1049)." (Hans Kung, The Church)
" Le sens original de "ekklesia" (mot grec signifiant "église") serait mieux rendu par "assemblée publique de la communauté politique" ou encore "assemblée démocratique des citoyens à part entière." (Elizabeth Schussler-Fiorenza, a Discipleship of Equals (une congrégation d'égaux) dans "A Democratic Catholic Church" (Une église catholique démocratique), publié par Eugene Bianchi et Rosemary Ruether)
" . . . le gouvernement monarchique papal, non seulement n' est pas basé sur I' Écriture, mais à aucun moment, dans l'histoire de l'Église, il n'a évité la contestation . . . La bureaucratie impériale romaine a fourni le modèle principal pour le gouvernement papal . . . le régime féodal médiéval a fourni la théorie et l'imagerie pour la hiérarchie ecclésiastique alors que la théorie de l'absolutisme papal a non seulement emprunté des monarchies absolues grandissantes des rois nationaux du début de l'Europe moderne mais a renforcé ces théories . . .
" C'est seulement avec le deuxième concile du Vatican que le catholicisme romain s'est réconcilié avec la société démocratique, adoptant ses théories de droits de l'homme et le consentement des gouvernés pour une société séculaire. Mais il a refusé une semblable révision de ses propres structures . . . Le Vatican tente de justifier cette structure politique comme étant "surnaturelle", reniant ses véritables origines historiques." (Bianchi et Ruether, Introduction, A Democratic Catholic Church) (Introduction, Une église catholique démocratique).